Derain, maître de la couleur


Expo, Focus exposition / dimanche, janvier 21st, 2018

Le Centre Georges-Pompidou présente jusqu’au 29 janvier les œuvres de l’artiste André Derain (1880-1954), dans une exposition consacrée à sa peinture produite entre 1904 et 1914. Le parcours chronologique met en lumière l’évolution du travail de l’artiste au fil des années et ainsi que le changement radical qui s’opère dans son style pictural après la Première Guerre mondiale. Si vous n’avez pas pu la voir, voici un petit résumé de cette très belle exposition.

Les débuts
En juillet 1900, alors qu’il prend le train vers Chatou (Yvelines), son village d’origine, Derain fait la rencontre du peintre Maurice de Vlaminck (1876-1958). Coup de foudre amical entre les deux hommes qui, dès qu’ils rentrent à Paris, s’installent ensemble dans un studio et partent peindre en extérieur comme le veut la tradition impressionniste. Derain s’inspire alors des paysages de Van Gogh en usant d’une touche faite d’aplats de couleurs vives. Ils ne cessent de s’exercer à peindre, créant des œuvres où la couleur devient vite le sujet principal de la composition.

Des voyages inspirants
Mais c’est surtout lors d’un voyage à Collioure (Pyrénées Orientales) que son style changea radicalement. En effet, l’été 1905 André Derain part rejoindre Henri Matisse, qu’il a rencontré à l’Académie Camillo à Paris. Ils se lancent alors ensemble dans une révolution stylistique, inspirés par l’ambiance méditerranéenne. Leurs tableaux sont une ode à la lumière, on y sent le soleil brulant et la chaleur envahissante. Les deux peintres se sont affranchis de toutes influences. La touche est disposée en petits aplats et les tons purs sont, non pas une description du réel, mais la traduction directe des émotions et du ressenti de l’artiste face au paysage qu’il est en train de peindre. De retour à Paris, Derain ramène trente toiles, vingt dessins et une cinquantaine de croquis. Certaines de ses toiles seront exposées au Salon d’Automne de 1905 qui déclencheront alors le scandale des « fauves ». Voici comment débute le fauvisme.

Fervent admirateur des tableaux de Claude Monet représentant la Tamise, André Derain voyage à Londres à plusieurs reprises. Ce sera pour lui l’occasion de peindre de nombreuses vues de la ville anglaise mais également d’y découvrir ses musées dont le célèbre British Museum. On admire particulièrement le travail merveilleux qu’il a effectué dans la toile nommée « Big Ben » (1906, huile sur toile, Musée d’art moderne, Troyes).

Inspirations primitives
André Derain est un jeune homme intelligent et cultivé, il aime connaître les tenants et aboutissants de l’histoire de l’art et montre une grande curiosité pour les mouvements artistiques antérieurs. Ainsi il visite de nombreux musées, carnet de croquis à la main, prêt à traduire ce qu’il y découvre. Plusieurs expositions seront pour lui un choc esthétique comme sa visite au Musée d’ethnographie du Trocadéro en 1905, au British Museum en 1906 ou encore de la grande rétrospective consacrée à Paul Cézanne au Salon d’Automne de 1907. Ces différentes découvertes marqueront un tournant décisif dans son travail. Dans les œuvres de Cézanne, il remarque la taille importante donnée aux figures et l’utilisation de la couleur comme support à la forme et non comme principal sujet du tableau. La gamme chromatique, beaucoup moins étendue que dans le fauvisme, sert chez Cézanne à représenter le volume. Les formes sont quant à elles plus géométriques et les contours sont nets et définis. André Derain associera à ces inspirations cézaniennes, ses découvertes de l’art primitif et traduira cela par la création de visages aux influences primitives.

Baigneuses, 1907, huile sur toile, The Museum of Modern Art, New York

André Derain continue à voyager et à peindre de façon géométrique sans suivre ses contemporains qui tentent quant à eux de démultiplier les faces et points de vues de ce qu’ils voient – cela donnera naissance au cubisme analytique de Picasso et de Braque.

Paysage aux environ de Cassis, 1907, huile sur toile, The Museum of Modern Art, New York

Changement de style
Vers 1910, Derain se consacre à l’art du portrait où son style cubiste cède la place à un réalisme saisissant. Lui qui a toujours suivi son instinct pour peindre se voit utiliser une assiduité assez inhabituelle pour décrire tous les détails de ce qu’il voit et rester fidèle à son modèle. Ce nouveau genre contraste complétement avec ce qu’il a pu produire auparavant et montre bien un tourment intérieur chez le peintre notamment dut à l’approche de la Première Guerre mondiale à laquelle il devra prendre part.

Autoportrait à la pipe, vers 1913-1914, huile sur toile, Collection particulière

Bien que beaucoup admiré, André Derain était un homme discret et peu sûr de lui qui, malgré le rôle majeur qu’il tient dans la fondation des mouvements du fauvisme et du cubisme, se laissa devancer par ses contemporains. Comme le disait Gertrude Stein, célèbre collectionneuse d’art américaine, Derain est « le Christophe Colomb de l’art moderne, mais ce sont les autres qui profitent des nouveaux continents ». Son début de carrière le montre bien : il est l’initiateur et le participant actif de nombreuses nouvelles techniques picturales dont il n’est finalement jamais reconnu comme en étant le chef de file. Pourtant André Derain reste un peintre majeur de l’histoire de l’art à qui il est important de rendre ses lettres de noblesse.

 

André Derain, maître de la couleur
Jusqu’au 29 janvier 2018
Centre George Pompidou, Paris

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