Guernica au Musée Picasso


Expo, Focus exposition / mercredi, mars 28th, 2018

Jusqu’au 29 juillet, le musée Picasso rend hommage à l’un des plus grands tableaux du XXe siècle : Guernica. Cette très belle exposition décrypte l’histoire de cette toile mais également toute la symbolique qu’elle représente, et cela malgré l’absence du chef-d’œuvre, qui, depuis 1975, ne quitte plus le Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid.

Les débuts de la guerre d’Espagne
Guernica est avant tout une peinture d’Histoire. Le 17 juillet 1936, la guerre civile éclate en Espagne, pays déjà très divisé politiquement depuis plusieurs années. Le général Francisco Franco mène un soulèvement militaire contre la République et son gouvernement élu pourtant démocratiquement en février de la même année.

L’art comme outil de propagande
En 1937 se prépare à Paris l’ « Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne », l’occasion pour la République d’Espagne d’interpeler l’opinion publique international. Une délégation se rend donc à l’atelier parisien de l’artiste Pablo Picasso afin de lui commander une œuvre monumentale, destinée à occuper un mur entier de cette exposition.
L’artiste se met donc très vite à réfléchir à l’œuvre qu’il va réaliser pour représenter son pays. Les premières esquisses, datant du mois d’avril 1937, montrent que l’artiste pense d’abord à reprendre des thèmes qui lui sont familiers comme le peintre et son modèle, la représentation de sa femme ou de sa fille. Pourtant on remarque que les dessins de Picasso suggèrent également la tentation de peindre une œuvre engagée en prise avec les évènements contemporains.

Etude pour l’Atelier : le peintre et son modèle, bras tenant une faucille et un marteau, 19 avril 1937

L’électrochoc : Guernica
Le 26 avril 1937, plusieurs escadrilles de l’armée franquistes et de ses alliés, nazis et fascistes, détruisent le centre de la petite ville basque de Guernica en larguant des dizaines de bombes explosives. Au total, entre 800 et 1000 morts sont recensés sur une population comptant à l’origine 7000 habitants.
La réaction de Pablo Picasso est immédiate. Dès le 1er mai il réalise sa première esquisse suivie de quarante et unes autres. L’artiste souhaite à tout prix éviter de créer une œuvre de propagande et préfère utiliser des motifs qui lui sont chers comme le taureau, le minotaure, une piéta… créant ainsi une œuvre dans la continuité de son propre travail. Guernica sera exécutée en un temps record puisqu’il aura fallu seulement 24 jours à Pablo Picasso pour peindre ce chef d’œuvre.

Une documentation inédite
L’exposition du musée Picasso nous montre également tout le travail qu’a effectué Dora Maar, photographe surréaliste et compagne de Picasso, tout au long de la naissance de ce tableau symbolique. En effet, elle reçoit de l’éditeur Christian Zervos une commande spéciale pour la sortie d’un magazine Cahier d’art consacré à Guernica. Elle réalise ainsi une suite photographique qui enregistre les différentes étapes de création du chef d’œuvre du maître espagnol.

Le Pavillon de la République Espagnole
Le 24 mai 1937, l’Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne est inaugurée. Le pavillon espagnol est un exemple de propagande pour la République. L’ensemble des œuvres exposées sont majoritairement d’artistes nationaux comme Joan Miró, Julio González ou Alexander Calder, et dénoncent les massacres perpétrés par Franco et ses franquistes.

Une œuvre, symbole international
Après cette exposition, l’œuvre de Pablo Picasso entame un voyage à travers le monde afin de servir d’outil de propagande et de lever des fonds pour la cause républicaine. Elle sera ainsi exposée en Angleterre puis aux Etats-Unis. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, obligera Pablo Picasso à la laisser en dépôt au MoMA de New York pendant la durée du conflit.

Le 1er avril 1939, la guerre d’Espagne s’achève sur une victoire des franquistes. De nombreux espagnols tentent alors de se réfugier en France, en passant par les Pyrénées. Pablo Picasso reçoit de nombreuses sollicitations de la part d’amis, de sa famille, d’artistes ou encore d’associations afin de jouer de son pouvoir pour aider ces réfugiés. L’artiste aidera autant qu’il le peut les républicains espagnols.

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, Pablo Picasso adhère au parti communiste et devient une figure de proue pour la paix et la lutte contre la barbarie dans le monde. Il a notamment aidé de nombreux espagnols à se réfugier en France lorsque le parti franquiste accéda au pouvoir en 1939.

La restitution à l’Espagne
Guernica est un symbole fort et puissant en plus d’être une icône de l’art moderne. Le régime franquiste essaiera donc de nombreuses fois de la récupérer et de la ramener sur le territoire espagnol. Or en 1969, Pablo Picasso déclare dans le journal Le Monde que Guernica ne reviendra à l’Espagne qu’une fois « la République restaurée ». Picasso s’éteint le 8 avril 1973, Franco le 20 novembre 1975 et le 22 novembre 1975, Juan Carlos devient roi d’Espagne. Guernica est donc enfin rendu à l’Espagne et rejoint en 1981 le musée du Prado. Elle sera transférée au Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía de Madrid en 1992 avec l’interdiction de quitter le territoire.

Pablo Picasso, Guernica, Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia Photo © BPK, Berlin, Dist. RMN-Grand Palais / Alfredo Dagli Orti © Succession Picasso

Avec cette exposition, le musée Picasso nous rappelle toute la symbolique de l’œuvre de l’artiste espagnol mais également le pouvoir de celle-ci à traverser le temps. En effet, Guernica est encore aujourd’hui un symbole de paix et de lutte contre la barbarie et est malheureusement encore d’actualité. Comme le disait Pablo Picasso : « Non, la peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est un instrument de guerre offensive et défensive contre l’ennemi. ».

À noter qu’une nocturne exceptionnelle sera mise en place par le Musée Picasso le 26 avril, afin de célébrer les 81 ans de cette œuvre symbolique.

 

Guernica
Du 27 mars au 29 juillet 2018
De 10h30 à 18h00 du lundi au dimanche.
Musée Picasso, 5 rue de Thorigny, 75003 Paris (M1 Saint Paul ou M8 Saint-Sébastien-Froissart)

 

Rendez-vous sur Hellocoton !

Laisser un commentaire